16/08/2011

Euro bas: il faut arrêter de tondre le consommateur suisse!

Dans le « Matin Dimanche » du 14 août 2011, on pouvait lire que la Coop a l'intention de boycotter certains produits, dont les importateurs n'ont pas accepté de réduire le prix, suite à la baisse du taux de change de l'Euro.

Les réactions consécutives à cette mesure ont été dans l'ensemble positives, y compris du côté de la Fédération romande des consommateurs (FRC).

Le premier sentiment que j'ai eu en apprenant cette nouvelle a été le suivant : enfin, un acteur économique suisse de premier plan réagit et fait en sorte que le consommateur suisse ne se fasse pas (trop) tondre.

J'ai notamment vu des exemples de différences de prix allant jusqu'à 190% (!) entre les prix de vente de certains produits importés, en Suisse, et entre les prix de vente de produits identiques en France ou en Allemagne.

Le pouvoir d'achat, qui est certes plus élevé en Suisse que dans les pays susmentionnés, ne justifie absolument pas une telle différence de prix, c'est évident.

Ces différences de prix abusives et injustifiées sont choquantes et on ne peut que se réjouir du fait qu'un distributeur suisse, à savoir la Coop, ait réagi de cette manière.

Dans un deuxième temps, si on analyse l'action de la Coop de plus près, on constate certes qu'elle constitue également un formidable coup de marketing, étant donné qu'elle vend les stocks des futurs produits boycottés en accordant des réductions de 50%, ce qui a eu pour effet que de nombreuses personnes se sont empressées d'acheter les produits ainsi soldés, ce qui est compréhensible.

Malgré cela, l'action de la Coop est à saluer et elle montre la voie à suivre à d'autres, aux autres distributeurs, aux politiciens et aux consommateurs suisses, afin que ces derniers arrêtent enfin de se faire tondre de manière choquante et injustifiée.

En ce qui concerne les distributeurs, d'après les dernières informations, la Migros pourrait prochainement suivre l'exemple de son concurrent.

Du côté du monde politique, les choses commencent heureusement à bouger.

La table ronde organisée la semaine dernière par le Ministre de l'économie, Johann Schneider-Ammann, réunissant les acteurs concernés, même si elle n'a pas réglé tous les problèmes, a permis d'aborder certains sujets qui fâchent et l'action de la Coop, décrite ci-dessus, est apparemment consécutive à cette table ronde.

Par ailleurs, le Conseil fédéral envisage de renforcer les effectifs de la Commission de la concurrence (ComCo), qui en aurait effectivement bien besoin.

En effet, cette dernière, qui est chargée de déceler et de sanctionner les restrictions illicites à la concurrence en Suisse n'a actuellement pas les moyens de remplir correctement sa tâche, son effectif étant assez restreint.

En outre, le Ministre de l'économie a également proposé de modifier la Loi sur les Cartels (LCart), afin que cette dernière permette de lutter plus efficacement contre les cartels verticaux, à savoir les accords entre fabricants, importateurs et distributeurs, qui ont pour effet de maintenir des prix élevés en Suisse, cette proposition est à mon sens également positive.

Toutefois, sachant qu'une révision législative prend plusieurs années dans notre pays, il ne faut pas se réjouir trop vite, même si l'utilisation de la clause d'urgence a été évoquée.

Il est clair que même si les propositions du Ministre de l'économie vont dans le bon sens, elles doivent absolument être accompagnées d'autres mesures.

Il faut qu'il y ait en Suisse un véritable « gendarme de la concurrence », qui soit efficace et indépendant, conditions que ne remplit manifestement pas la ComCo.

Certaines de ses décisions sont en effet difficilement défendables, comme par exemple le fait d'avoir autorisé le rapprochement entre Migros et Denner.

Une telle décision fait fortement douter de la réelle compétence de la ComCo de maintenir une concurrence saine et efficace en Suisse.

A ce propos, l'idée de Philippe Nantermod (PLR/VS) consistant à remplacer la ComCo par une Cour de la concurrence indépendante, qui serait rattachée au Tribunal administratif fédéral, mérite d'être examinée de près.

En résumé, il faut absolument donner au « gendarme de la concurrence » les moyens, aussi bien matériels, que législatifs, pour garantir une concurrence saine et efficace dans notre pays et pour cette raison, il faudra modifier de manière substantielle la législation fédérale, en particulier la LCart.

Enfin, le principal intéressé, le consommateur, que nous sommes tous, doit également réagir, il doit en particulier se renseigner et comparer les prix et il doit à mon sens, dans la mesure du possible, éviter d'acheter les produits importés, dont les prix ne sont pas réduits, suite à la baisse du taux de change de l'Euro.

Il faut absolument que tous les acteurs de la vie économique et politique unissent leurs efforts, afin que les consommateurs suisses arrêtent de se faire tondre.

Andreas Dekany

 

 

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