07/12/2011

Crise de la dette: Le Premier ministre hongrois sera-t-il contraint de démissionner?

La Hongrie est un des pays européens qui a le plus souffert de la crise de 2008. Le FMI a dû mettre en place une procédure d'urgence, appliquée dans des situations exceptionnelles, lorsque la stabilité financière d'un pays est menacée. Le FMI, l'Union Européenne et la Banque Mondiale ont prêté plusieurs milliards de dollars à la Hongrie à cette occasion.

Suite à ces évènements, le très charismatique Premier ministre socialiste de l'époque, Ferenc Gyurcsàny, a été contraint de démissionner. Il a été remplacé par Gordon Bajnai, dont la gestion de la crise a été exemplaire et unanimement reconnue. Il a réussi à redresser la situation en à peine un an.

Depuis le mois de mai 2010, le poste de Premier ministre de la Hongrie est occupé par le très célèbre Viktor Orbàn, qui a attiré l'attention sur la Hongrie, juste avant qu'elle entame la Présidence tournante de l'Union européenne, en adoptant la très controversée Loi sur les médias.

Rappelons que le parti de Viktor Orbàn, le FIDESZ, dispose d'une majorité de plus de deux tiers des mandats au Parlement hongrois, ce qui lui donne le droit de modifier la Constitution à lui tout seul.

Suite au prêt de 2008 déjà mentionné, les représentants du FMI ont fait plusieurs voyages à Budapest, afin de savoir quelles mesures le gouvernement allait entreprendre pour faire face au déficit budgétaire.

Lors des rencontres entre le gouvernement socialiste, au pouvoir jusqu'en mai 2010, et le FMI, les pourparlers se sont toujours très bien déroulés. D'après le FMI, le gouvernement sortant avait toujours des réponses satisfaisantes et un programme économique crédible à présenter.

Toujours d'après le FMI, lors de sa première rencontre avec le gouvernement de Viktor Orbàn, ce dernier, qui n'avait pas vraiment de programme économique digne de ce nom à faire valoir, a décidé d'interrompre les pourparlers avec le FMI, en expliquant qu'il allait poursuivre des pourparlers uniquement avec l'Union Européenne, que le FMI n'avait pas à se mêler de la politique intérieure de la Hongrie et que cette dernière pouvait très bien se débrouiller sans l'aide du FMI.

Au mois de novembre 2011, on a appris que le gouvernement avait requis une aide financière de l'Union européenne et du FMI, ce qui constitue un virage à 180° de la part de Viktor Orbàn, par rapport à ses déclarations datant de l'année 2010.

C'est un signe qui ne trompe pas ; pour que Viktor Orbàn soit contraint de faire ce pas en arrière très humiliant pour lui, la situation est sans aucun doute hélas extrêmement sérieuse.

Quelques jours après cette annonce, l'agence de notation Moody's a dégradé la note de la Hongrie, estimant que la dette publique de cette dernière constituait un investissement spéculatif.

Les deux autres agences de notation attendent l'issue des négociations avec le FMI et avec l'Union européenne pour décider si elles vont à leur tour dégrader la note de la Hongrie.

Les observateurs estiment que le FMI ne fixera probablement pas beaucoup de conditions politiques à la Hongrie, l'Union européenne en revanche en fixera très certainement.

En 2008, l'Union européenne aurait déclaré au Premier ministre d'alors, Gyurcsàny Ferenc :

« Sie verschwinden Herr Ministerpräsident oder das Geld kommt nicht » ; c'est-à-dire : « Vous disparaissez Monsieur le Premier Ministre, sinon l'argent n'arrivera pas ».

C'est exactement ce qui risque d'arriver à Viktor Orbàn ces prochains mois.

Rappelons que Viktor Orbàn s'est mis à dos l'Union européenne avec sa Loi sur les médias, ses impôts spéciaux grevant notamment les banques, sa nouvelle Constitution et la liste n'est de loin pas exhaustive.

Il est clair, qu'actuellement, Viktor Orbàn ne pourrait pas être contraint à la démission de l'intérieur de son pays, l'opposition est trop faible en Hongrie et il a les pleins pouvoirs au sein de son parti, le FIDESZ.

Viktor Orbàn pourrait toutefois être contraint de démissionner par l'Union européenne qui pourrait faire dépendre de sa démission, l'octroi d'une aide financière qui apparaît comme étant de plus en plus nécessaire.

On n'en est pas encore là mais on n'en est peut-être pas très loin.

 

Andreas Dekany

 

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