22/01/2012

Hongrie: L’Union européenne met la pression

Comme j'ai eu l'occasion de l'évoquer, lors du Journal de 8 heures de la Radio suisse romande La Première en date du 13 janvier 2012, je suis inquiet en raison de l'actualité en Hongrie, d'une part à cause de la situation économique très inquiétante du pays, d'autre part à cause de certaines mesures prises par le gouvernement du Premier ministre Viktor Orbàn, que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer dans mon précédent article  (http://leblogdandreasdekany.blog.tdg.ch/archive/2012/01/0...).

Au début de cette année, l'Union européenne a mis la pression sur la Hongrie, elle lui a demandé de modifier certaines lois controversées, qui ne respectent pas le droit de l'Union européenne, d'après la Commission européenne.

Il s'agit notamment de la Loi sur la banque centrale qui mettrait en danger l'indépendance de la Banque centrale hongroise (MNB).

Un débat relatif à la situation actuelle en Hongrie était à l'ordre du jour du Parlement européen en date du mercredi 18 janvier 2012. Viktor Orbàn a demandé la permission de pouvoir s'exprimer à cette occasion, ce qui lui a été accordé.

C'est en particulier de la nouvelle Constitution hongroise qu'il était question lors de ce débat.

Je dois dire qu'en apprenant cette nouvelle, j'avais d'une part quelques craintes d'assister à un affrontement verbal violent entre Viktor Orbàn et les eurodéputés, notamment le vert Daniel Cohn Bendit, qui est probablement celui qui est le plus critique vis-à-vis du Premier ministre hongrois.

Un tel affrontement n'aurait bien entendu pas servi les intérêts de la Hongrie qui a déjà assez fait parler d'elle en mal ces derniers temps.

J'ai d'autre part pensé que, Viktor Orbàn qui a décidé d'aller affronter les critiques émises à l'encontre de sa politique, a agi comme un homme d'Etat devait le faire.

Mes premières craintes se sont heureusement révélées infondées. Viktor Orbàn a en effet fait un discours assez conciliant, il a déclaré qu'il allait collaborer avec l'Union européenne et que les lois controversées, notamment celle relative à la banque centrale hongroise, seraient modifiées.

Viktor Orbàn a même déclaré qu'il serait prêt à modifier certaines lois, qui ne sont manifestement pas contraires au droit européen, si tel était le souhait de Bruxelles.

Ce comportement conciliant de Viktor Orbàn est assez surprenant, ce qui n'aura pas échappé à ceux qui suivent sa carrière politique depuis longtemps.

Il n'a toutefois pas d'autre choix que d'obéir à l'Union européenne. En effet, la situation économique de la Hongrie étant très difficile, elle a besoin d'un prêt du FMI, qui peut être uniquement octroyé, si l'Union européenne donne son accord. Cette dernière acceptera de donner cet accord seulement si la Hongrie modifie certaines de ses lois controversées.

Dans le cadre de cette affaire, le respect de la souveraineté des Etats membres de l'Union européenne a évidemment été évoqué.

La question est la suivante : l'Union européenne peut-elle à ce point se mêler de la politique interne d'un Etat membre ?

Comme je l'ai déclaré l'autre jour à la radio, mon avis sur la question est le suivant :

En 2004, la Hongrie a décidé de faire partie d'un club, ce club s'appelle l'Union européenne.

La Hongrie a déposé sa demande d'adhésion, qui a été acceptée. Le peuple hongrois a même eu l'occasion de se prononcer à propos de l'adhésion, qu'il a acceptée.

La Hongrie a donc accepté de jouir des droits offerts par le statut de membre de l'Union européenne, notamment de la libre circulation des personnes, des services, des capitaux et des marchandises.

La Hongrie reçoit également des aides financières européennes qui ne sont pas négligeables.

La Hongrie a également accepté de respecter les obligations des membres de l'Union européenne, notamment celles de respecter la démocratie et le droit européen.

Comme je l'ai également déclaré, la Commission européenne, « gardienne des traités », doit intervenir si un Etat membre viole le droit européen.

La Commission européenne est intervenue auprès de la Hongrie pour qu'elle modifie certaines de ses lois, il n'y a aucun problème avec ça, si lesdites lois sont effectivement contraires au droit européen.

Il faut toutefois que les critiques qui sont faites à la Hongrie aient un fondement et qu'elles soient justifiées.

Lors du débat devant le Parlement européen, certains des eurodéputés qui ont critiqué la nouvelle Constitution hongroise ne savaient pas vraiment de quoi ils parlaient, ils ne l'avaient manifestement même pas lue et ils ne faisaient que de répéter des éléments qu'on leur avait rapportés.

Cette attitude n'est pas satisfaisante; si certains eurodéputés veulent critiquer la Constitution et les lois adoptées par le Parlement hongrois, ils doivent être concrets et précis et dire en quoi la nouvelle Constitution est contraire au droit européen, le fait d'énoncer des généralités, comme l'ont fait certains eurodéputés n'est pas suffisant.

La Commission européenne a, elle, été beaucoup plus concrète dans ses critiques, qui constituent ainsi des bases de travail claires pour le gouvernement et le Parlement hongrois.

La Commission européenne n'est pas la seule à demander à la Hongrie de modifier sa législation interne.

Il faut savoir que les bruits courent, selon lesquelles le FMI va probablement également demander à la Hongrie la modification de certaines lois, notamment celle qui prévoit que le taux unique de 16% dans le cadre de l'imposition sur les revenus des personnes physiques ne peut être modifié que par une majorité de deux tiers des députés du Parlement hongrois.

Le FMI craint qu'en cas de crise économique, l'augmentation du taux d'imposition soit trop difficile à réaliser pour un futur gouvernement, qui ne disposerait pas d'une majorité des deux tiers des mandats au Parlement, comme Viktor Orbàn.

En d'autres termes, le FMI souhaite éviter que les prochains gouvernements aient les mains liées, cette position est à mon sens tout à fait justifiée.

La Hongrie devra bien entendu également s'exécuter dans ce cas, si elle veut obtenir le fameux prêt du FMI, elle n'aura pas d'autre choix.

L'attitude conciliante dont a fait preuve Viktor Orbàn est à mon sens positive et elle peut faire espérer que l'avenir sera meilleur et que la Hongrie ne fera plus la une de la presse internationale à cause des mesures controversées prises par son gouvernement.

 

 

Andreas Dekany

 

19:55 Publié dans Politique hongroise | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

Excellent papier, Andreas, très mesuré et bien pesé. Moi qui ne connait pas la situation hongroise, j'ai vraiment le sentiment d'avoir appris quelque chose ce matin. Merci.

Écrit par : Philippe Souaille | 23/01/2012

Cher Philippe, merci beaucoup pour ton message, je suis content que mon article t'ait plu. à bientôt. amitiés.

Écrit par : Andreas Dekany | 23/01/2012

J'apprécie ton commentaire, cher Andreas.

Pour la constitution, dont je ne connais pas non plus le détail, j'aimerais juste rappeler qu'elle a été adoptée en un temps record - deux ou trois mois sauf erreur - sans aucune véritable consultation des acteurs politiques et sociaux qui composent le pays. Dommage, car c'est une occasion ratée de faire l'union autour du texte fondamental d'un pays et on peut douter que cette constitution serve véritablement son but de loi essentielle d'une démocratie.

S'agissant du ton modéré du premier ministre Viktor Orbán, il faut malheureusement se rendre compte que ce n'est qu'une comédie de circonstance. M. Orban, qui par le passé n'a pas manqué de vexer ses interlocuteurs européens, sait qu'il n'a plus le droit à l'erreur, car son pays est au bord du gouffre. En réalité, le premier ministre hongrois tient un double langage: un pour la communauté internationale et un autre, opposé pour le public hongrois. Ce dernier s'est fait aussitôt expliquer par le premier ministre que les concessions n'étaient accordées parce que la Hongrie est victime d'un chantage.

Or pourquoi la Hongrie, pays modèle à l'époque de la chute du mur, en est-elle arrivée la? Il y a d'une part eu la gestion désastreuse du pays à travers les législatures socialistes avec un incroyable bradage de ses actifs, des dépenses immodérées, la corruption et l'enrichissement personnel des gens au pouvoir. Mais il y a aussi - et c'est malheureux - le quasi désintérêt du gouvernement actuel et de sa majorité au parlement pour les questions qui tiennent au bon fonctionnement de l'économie. Sa majorité des deux tiers, le pouvoir actuel l'a utilisé pour consolider son pouvoir par des lois sur la presse, des nouveaux barèmes minimum pour des élections, l'alignement de la direction de la banque centrale au gouvernement, la nouvelle constitution, l'octroi de la nationalité hongroise aux membres des minorité hongroises dans les pays voisins (mesure que j'apprécie en soi) etc. Mais on cherche en vain de vraies mesures d'ordre économique qui mériteraient d'être mentionnés et qui auraient permis de réduire la dette publique et les charges publiques du pays (comme la Franc, la Hongrie souffre d'un secteur public surdimensionné), qui auraient permis aux PME hongrois de se développer et de se refaire une santé (aucun gouvernement depuis le changement de régime ne s'y est véritablement attelé, les responsables politiques se contentant d'attraire des investisseurs étrangers dont certains comme l'industrie automobile et bon nombre d'entreprises suisses sont sérieuses, mais d'autres très volatiles). Pire, pour se procurer une sorte de ballon d'oxigène, le gouvernement hongrois a confisqué la prévoyance professionnelle privé en Hongrie qui lui a procuré quelques milliards pour redresser provisoirement les comptes étatiques. D'abord provisoire, cette mesure est apparemment devenue définitive. Une telle démarche devrait faire rougir de jalousie les quelques socialistes et communistes qui subsistent en Hongrie.

Mais voilà le paradoxe: Viktor Orbán qui jadis dans sa jeunesse était libéral s'est lancé sur le plan économique sur une mystérieuse voie spécifiquement hongroise qui est censé ménager la population du pays qui aurait "déjà trop souffert", mais ressemble de plus en plus à l'économie socialiste, tant elle se désintéresse à tous les maux économiques qui depuis deux décennies gangrènent la Hongrie: consommation hors proportion avec la production du pays, endettement non seulement de l'Etat, mais aussi des ménages privés, absence de stimulation économique par la création d'un environnement favorable aux PME, effritement du tissu économique pour le surplus, absence fiscalité bien réfléchie et efficace.

Sur le plan institutionnel aussi, le premier ministre semble reproduire les stigmates autrefois infligés par le régime communiste: atteinte à la liberté de la presse et... après son discours en apparence conciliant devant le parlement européen, à son retour au pays, confiscation des grandes places de la capitale pendant près d'une année pour des manifestations fidèles au gouvernement, privant ainsi l'opposition des lieux médiatiques et pour des rassemblements de protestation.

Écrit par : Zoltán Szalai | 27/01/2012

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