26/03/2012

Hongrie: Le message du Premier Ministre à l’attention de l’Union européenne lors de son discours du 15 mars

Je suis revenu il y a quelques jours de Budapest, où j'ai pu assister aux festivités liées à la révolution hongroise de 1848, qui ont lieu le 15 mars de chaque année.

Cette révolution, au sein du royaume de Hongrie, avait progressé dans les années 1848-1849 en une guerre d'indépendance contre la domination des Habsbourg.

A l'occasion de ces festivités, le désormais très célèbre Premier Ministre Viktor Orbàn a fait un discours très remarqué sur le Kossuth tér (Place Kossuth), juste devant le Parlement, auquel ont assisté plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Quel était le message que voulait faire passer Viktor Orbàn lors de ce discours?

Le message principal était manifestement étroitement lié aux procédures intentées par la Commission européenne contre la Hongrie, notamment à cause de certaines lois qui ne seraient pas conformes au droit communautaire, et à cause de son déficit budgétaire.

La Hongrie risque d'ailleurs de ne pas recevoir une partie des aides financières de l'Union européenne, à cause de ce déficit budgétaire.

Viktor Orbàn a répété plusieurs fois pendant ce discours que la Hongrie ne serait pas une colonie, ceci est bien entendu une référence directe à la guerre d'indépendance des années 1848-1849 menée contre les Habsbourg

Viktor Orbàn est allé jusqu'à faire un parallèle entre la guerre d'indépendance des années 1848-1849 et la situation actuelle de la Hongrie dans l'Union européenne.

Toujours dans son discours du 15 mars 2012, Viktor Orbàn a par ailleurs exigé de l'Union européenne que la Hongrie soit traitée de la même manière que les autres Etats membres. Il faisait référence aux sanctions financières qui sont sur le point d'être prises contre la Hongrie à cause de son déficit budgétaire, alors même que ces mesures ne seraient semble-t-il pas prises contre d'autres pays qui présentent un déficit budgétaire comparable.

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le mentionner dans mes derniers articles consacrés à la politique hongroise, la Hongrie a besoin d'un prêt du FMI et de l'Union européenne pour pouvoir assurer son financement, qu'elle ne pourra vraisemblablement pas assurer en se finançant uniquement du marché, en tous cas pas à long terme.

Pour pouvoir obtenir ce prêt, la Hongrie doit bien entendu obtenir l'accord de l'Union européenne.

Il est presque certain qu'après le discours du 15 mars 2012 l'Union européenne ne donnera pas facilement son accord, ce qui est normal et ce  qui est compréhensible, d'autant plus que la situation de l'économie hongroise laisse à désirer.

C'est un peu comme si vous provoquiez votre banquier avant de lui demander qu'il vous accorde un prêt, alors que vous ne remplissez pas vraiment les conditions pour l'obtenir.

Comme l'Union européenne et les médias internationaux ont pu le constater ces derniers temps, Viktor Orbàn tient souvent un double discours.

D'une part, il tient un discours la plupart du temps assez conciliant, en tous cas ces derniers temps envers l'Union européenne, à Bruxelles.

D'autre part, envers ses compatriotes, il tient un discours qui est la plupart du temps anti-européen, faisant souvent référence à la guerre d'indépendance des années 1848-1849.

Le discours du 15 mars 2012 illustre très bien ce phénomène.

L'Union européenne n'est pas dupe et elle s'est bien entendu rendu compte de ce double discours.

J'ai vraiment été impressionné par le nombre de personnes qui se sont réunies pour écouter le discours de Viktor Orbàn le 15 mars.

Ce dernier est certes un très bon orateur et un leader charismatique.

Ceci n'explique toutefois pas tout.

Alors même que la situation économique du pays est de plus en plus inquiétante, alors même que la politique économique de Viktor Orbàn n'a pas été une réussite, il arrive encore à réunir des dizaines de milliers de personnes pour l'acclamer.

C'est quand même une belle performance.

La population s'appauvrit de plus en plus et beaucoup de hongrois décident d'ailleurs de quitter le pays.

La population est écrasée par les charges, notamment par celles liées au chauffage, qui plombent le budget de la plupart des ménages, une grande partie de leurs revenus y passe d'ailleurs.

Les prix des biens de consommation courante augmentent sans cesse.

Le taux de la TVA est passée de 25% à 27% au début de cette année, ce qui constitue probablement un record du monde en la matière.

Le prix de l'essence a par ailleurs atteint des records ces derniers temps, le litre d'essence n'est désormais plus très éloigné de la barre des 500 forints (plus de deux francs suisses) et la crise mondiale n'explique pas à elle seule ce phénomène.

L'augmentation du prix de l'essence entraîne bien entendu une augmentation des prix des biens de consommation, notamment de ceux qui doivent être transportés par la route.

Il est intéressant de noter que lorsque Viktor Orbàn était dans l'opposition, son parti, le FIDESZ, n'a pas arrêté d'attaquer et de critiquer le travail du gouvernement de l'ancien Premier Ministre socialiste Ferenc Gyurcsàny, alors même qu'à l'époque, la situation économique de la Hongrie était bien meilleure que de nos jours, même lors de la crise de 2008, qui a touché de plein fouet la Hongrie.

Les attaques contre le gouvernement de Ferenc Gyurcsàny ont en particulier été très vives lorsque le prix de l'essence avait passé la barre des...300 forints. Alors même qu'actuellement, le prix de l'essence n'est plus très éloigné de la barre des 500 forints.

Maintenant que Viktor Orbàn est au pouvoir, le prix de l'essence ne semble plus avoir autant d'importance pour juger de la qualité du travail du gouvernement...

Malgré la situation économique très inquiétante du pays et malgré le fait que les citoyens commencent à ressentir directement les effets de la médiocre politique économique du gouvernement, Viktor Orbàn et son parti le FIDESZ vont probablement remporter les prochaines élections parlementaires de 2014.

D'une part parce que l'opposition hongroise est presque inexistante. Le Parti socialiste est en pleine reconstruction et il ne peut pas encore rivaliser avec le FIDESZ de Viktor Orbàn.

D'autre part parce que le style de Viktor Orbàn plaît (encore) à beaucoup de hongrois, qui sont séduits par ces références récurrentes aux guerres d'indépendance menées par la Hongrie, qui refuse d'être une colonie.

Je ne parlerai pas ici de la loi électorale hongroise modifiée par la majorité de Viktor Orbàn et qui est très favorable à son parti.

Ce que Viktor Orbàn omet toutefois de mentionner dans ses discours anti-européens, c'est que la Hongrie a accepté de faire partie de l'Union européenne, le peuple a même eu l'occasion de voter à ce sujet et l'adhésion a été acceptée à une très large majorité.

Viktor Orbàn omet également de mentionner que la Hongrie a reçu beaucoup de fonds de l'Union européenne ces dernières années, beaucoup plus que les fonds qu'elle a dû verser dans les caisses communautaires.

Mais comme on le dit si souvent, toute vérité n'est pas bonne à dire...

 

 

Andreas Dekany

 

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07/03/2012

Réseaux de soins intégrés: Est-ce le début de la fin du libre choix du médecin? Le peuple aura le dernier mot!

On a beaucoup entendu parler des réseaux de soins intégrés ces derniers mois, notamment du côté de l'Assemblée fédérale.

Il s'agit-là d'une association de médecins qui prend en charge un collectif déterminé de patients, pour lesquels un contrat a été passé avec les caisses maladie qui les assurent. Le réseau dispose d'une rémunération forfaitaire par tête, au centre de la négociation avec les assureurs.

Le forfait couvre l'ensemble des soins dispensés à l'intérieur du réseau comme le recours à des spécialistes et les hospitalisations.

Ce système devrait en principe, en tous cas d'après les personnes qui y sont favorables, permettre à la fois une meilleure qualité de la prise en charge, car les médecins ont l'obligation de se concerter et également une plus grande maîtrise des coûts.

En automne 2011, les Chambres fédérales ont modifié la Loi fédérale sur l'assurance-maladie (LAMal), de manière à promouvoir ces réseaux de soins.

Le législateur a décidé que la quote-part devant être payée par les assurés qui choisiraient de rejoindre un réseau serait moins élevée que la quote-part qui devrait être payée par les assurés qui décideraient de ne pas rejoindre de réseau.

Rappelons qu'actuellement, une fois leur franchise atteinte, les assurés doivent s'acquitter d'une quote-part de 10%, un plafond étant fixé à CHF 700.-.

En vertu des nouvelles dispositions votées par le Parlement, la quote-part applicable aux assurés qui décident de rejoindre un réseau resterait à 10% et leur participation aux frais, s'ils atteignent la franchise, serait plafonnée à CHF 500.-.

Les assurés qui décideraient ne pas rejoindre de réseau, verraient, quant à eux, leur quote-part augmenter à 15% et, s'ils atteignent le montant de la franchise, leur participation aux frais passerait de CHF 700.- à CHF 1000.-.

Un référendum a été lancé contre cette modification de la LAMal, notamment par la Fédération des médecins suisses (FMH), ainsi que par de nombreuses sociétés médicales.

Le référendum a abouti.

Le peuple aura donc le dernier mot et il pourra se prononcer sur cet objet à l'occasion d'une votation populaire.

Je fais partie des signataires de ce référendum.

Je n'ai en effet pas été convaincu par les initiateurs de cette révision de la LAMal du fait que les réseaux de soins permettraient effectivement de faire des économies et de maîtriser les coûts.

Par voie de conséquence, je ne pense pas qu'il est justifié que les personnes qui décideraient de ne pas adhérer à un réseau de soins et qui souhaiteraient choisir librement leur médecin à l'avenir, devraient payer plus pour conserver cette liberté.

D'ailleurs, comme j'ai eu l'occasion de l'écrire dans un article précédent, je crains que cette révision de la LAMal, telle que décrite ci-dessus, soit le début de la fin du libre choix du médecin.

 

Andreas Dekany

 

18:19 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook