23/02/2015

Hongrie : Le Premier Ministre Viktor Orbàn perd « sa super-majorité » des deux tiers au Parlement

Lors des élections législatives du 6 avril 2014, la majorité du Premier Ministre Viktor Orbàn a obtenu exactement deux tiers des mandats au Parlement, 133 sièges sur 199.

Il faut savoir que depuis qu’il est revenu au pouvoir en 2010, Viktor Orbàn a toujours gouverné en ayant une « super-majorité » des deux tiers, ce qui lui a notamment permis de modifier la Constitution de manière unilatérale, sans aucune consultation et de faire de très nombreuses réformes dans des domaines extrêmement variés.

Le député de la 1ère circonscription du département de Veszprém, Tibor Navracsics, étant devenu Commissaire européen, son siège a été remis en jeu lors de l’élection partielle du dimanche 22 février 2015.

En 2014, le candidat du parti de Viktor Orbàn était arrivé en tête avec près de 20% de voix d’avance.

En 2015, c’est un candidat indépendant bien implanté à Veszprém qui a défié le candidat du parti au pouvoir et sa « super-majorité ».

C’était en effet bien ça l’enjeu de l’élection partielle de dimanche : est-ce que Viktor Orbàn allait ou non perdre sa « super-majorité » ?

Le candidat indépendant, Zoltàn Kész, soutenu par les partis de l’opposition de gauche, a battu le candidat du gouvernement en obtenant presque 10% de voix de plus que son adversaire du jour.

Le candidat qui a défié le parti au pouvoir l’a emporté malgré la campagne de dénigrement dont il a fait l’objet et malgré des promesses du gouvernement aux citoyens de la circonscription qui a voté dimanche (notamment la construction d’une nouvelle piscine).

La perte par Viktor Orbàn de sa super-majorité a eu beaucoup d’écho dans la presse internationale.

Cependant, le Premier Ministre n’est nullement en difficulté contrairement à ce que j’ai pu lire. Il a en effet à présent 132 sièges au Parlement sur 199 et à ma connaissance, aucun dirigeant d’Europe ne dispose à l’heure actuelle d’une telle majorité.

Viktor Orbàn pourra continuer à gouverner, c'est toutefois symboliquement que la défaite de dimanche est d’une grande importance avec la perte de la « super-majorité » des deux tiers et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’une grande partie de la presse internationale a traité ce sujet.

A partir de maintenant, le Premier Ministre ne pourra plus modifier la Constitution à sa guise, comme il l’a fait depuis son retour au pouvoir en 2010.

Viktor Orbàn avait certes déclaré avant l’élection de dimanche qu’il n’avait plus de lois devant être votées par les deux tiers des députés à faire passer, comme s’il pressentait qu’il allait perdre sa « super-majorité ».

Ainsi, même si la situation du Premier Ministre hongrois peut être enviée par de nombreux dirigeants européens, elle commence à devenir inquiétante pour lui, car son parti a perdu les élections partielles organisées ces derniers mois et cette tendance n’a pas l’air de s’inverser.

Il est intéressant de soulever que, Tibor Navracsics, dont le siège était remis en jeu dimanche a déclaré après la défaite, que son parti devait changer de stratégie à l'avenir.

Viktor Orbàn, quant à lui, a écrit sur Facebook dimanche qu'il ne fallait pas se reposer sur ses lauriers, ce qui semble indiquer qu'il y ait une vraie remise en question au sein du parti du Premier Ministre suite à la perte de la "super-majorité" dimanche.

On a pu constater au cours de ces derniers mois, que Viktor Orbàn  avait de plus en plus de difficultés à faire adopter ses réformes. En effet, entre 2010 et 2014, il a fait passer toutes ses lois et ses réformes, la plupart du temps sans aucune difficulté et sans opposition.

C'est lorsqu'il a voulu introduire sa taxe sur l'Internet (Internet tax), en octobre 2014, que des manifestations jamais vues depuis 2010 l'ont contraint de retirer son projet, ce qui était une première.

Viktor Orbàn a toutefois la chance de ne pas avoir d’alternative qui pourrait le remplacer actuellement en Hongrie.

L’opposition de gauche est en effet la plupart du temps divisée, incapable de sa mettre d’accord sur un projet commun.

D’ailleurs, la victoire de dimanche n’est pas vraiment celle de l’opposition de gauche.

Le candidat indépendant a certes gagné avec le soutien de cette dernière, il a toutefois évité de s’afficher en public avec les présidents des partis de gauche car il ne voulait pas être associé à eux et il ne va siéger dans aucun groupe parlementaire.

Nous verrons en tous les cas au cours des prochains mois, si l’élection de dimanche était ou non un avertissement sans frais pour Viktor Orbàn et sa majorité.

La prochaine élection partielle aura lieu le 12 avril 2015, ce sera de nouveau un siège du parti du Premier Ministre qui sera remis en jeu et ce sera l’occasion de tirer de nouveaux enseignements.

 

 

Andreas Dekany

12:40 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook