Mon hommage à Jacques Chirac

 

Ça fait une dizaine de jours qu’il est parti et c’est le temps qu’il m’a fallu pour analyser pourquoi la nouvelle de sa disparition m’a rendu aussi triste, même si ces choses ne s’expliquent pas toujours avec des mots mais dans ce cas, la réponse est assez simple et c'est ce que je vais développer dans cet hommage.

Jacques Chirac m’a en quelque sorte accompagné au cours de mon enfance et de mon adolescence et ce jusqu’à la fin de mes études.

Il était pour moi, comme sans doute pour de nombreuses autres personnes de ma génération, comme un ami éloigné de la famille qu’on appréciait beaucoup, qu'on trouvait sympathique et drôle, qu’on voyait régulièrement à la télévision et qu'on avait l'impression de connaître.

Dans les années 1980, il y avait en tout et pour tout six chaînes de télévision; trois en France et trois en Suisse, on pouvait donc difficilement rater l’élection présidentielle qui avait lieu à l'époque tous les sept ans.

Mes principaux souvenirs de l’ancien Président, peuvent être résumés en 4 dates.

Le débat du deuxième tour de l’élection présidentielle de 1988 :

C’est là mon premier souvenir de politique en général : le débat Mitterrand-Chirac, qui a clairement tourné à l’avantage du premier, il ne fallait pas être un politologue de génie pour s’en rendre compte et c’est logiquement que François Mitterrand a été réélu pour sept ans.

J’adorais Jacques Chirac et je me souviens parfaitement que j’étais très déçu après sa défaite pourtant prévisible lors de l’élection présidentielle de 1988.

La victoire de mai 1995 :

Je me rappelle très bien que j’étais très heureux pour Jacques Chirac que j’adorais toujours autant, peut-être même plus qu'en 1988.

La victoire de 1995 était très belle, surtout quand on sait que le nouveau Président revenait de nulle part.

Quelques semaines avant son élection de mai 1995, personne n’aurait misé un kopek sur Jacques Chirac, car presque tout le monde pensait qu’Edouard Balladur allait gagner.

Ses « amis » ont donc presque tous misé sur ce dernier, sauf quelques fidèles, comme par exemple Jean-Louis Debré, qui a accompagné Jacques Chirac jusqu’à la fin de sa vie.

D’ailleurs, je vous recommande vivement le documentaire de Jean-Louis Debré « Mon Chirac », qui est très bien fait, qui est très émouvant et dont voici le lien :

https://www.youtube.com/watch?v=bUxz1YVg7f4

Jacques Chirac a cru en lui alors que la plupart de ses proches et les médias ne croyaient plus du tout en lui, il a persévéré et il a finalement gagné, alors même que sa victoire semblait être impossible.

C’est une belle leçon de vie, qui prouve que rien n’est impossible pour celle ou celui qui a la volonté de réussir.

1997 et la dissolution de l’Assemblée nationale :

Je me souviens qu’à l’époque, j’étais à l’école à Brigue, en Haut-Valais, c’est l’année au cours de laquelle j’ai passé la maturité. De nouveau, il ne fallait pas être un politologue de génie pour comprendre que cette dissolution était vouée à l’échec, surtout après les grèves de 1995 et l’impopularité du gouvernement d’Alain Juppé.

Mais peut-être la dissolution de 1997 a-t-elle permis à Jacques Chirac d’être triomphalement réélu en 2002, puisque le Premier ministre Lionel Jospin a été usé par cinq ans de pouvoir à la tête du gouvernement et il n’a pas réussi à se qualifier pour le deuxième tour.

Si on prend un peu de hauteur, la dissolution de 1997 pourrait, a posteriori, également être interprétée comme un coup de génie, tout dépend bien entendu du point de vue.

2003 et le "non" à la guerre en Irak :

C’est un des moments les plus marquants, je me souviens que j’étais entièrement d’accord avec Jacques Chirac sur la question, j’étais content de constater qu’il y avait au moins une personne de son envergure qui osait dire « non » aux américains.

Il est vrai qu’Angela Merkel et Vladimir Poutine ont également refusé d’aller en Irak mais c’est presque exclusivement le « non » de Jacques Chirac qu’on a retenu.

Bien sûr, ce refus d’aller en Irak n’a concrètement pas servi à grand-chose étant donné que les américains y sont quand même allés, suivis par quelques alliés.

Toutefois, symboliquement, le fait que Jacques Chirac ait tenu tête aux américains, malgré les nombreuses et très fortes pressions, dont il a fait l’objet que ce soit en France ou à l’étranger, est à mon avis d’une grande importance.

Jacques Chirac n’a pas cédé et il a suivi son instinct et est resté fidèle à ses convictions.

On dit souvent que Jacques Chirac était un « tueur » dans la mesure où il a "tué" politiquement de nombreux anciens « amis » comme Jacques Chaban Delmas, Valéry Giscard d’Estaing ou d'autres.

Je réponds systématiquement la chose suivante : "on ne fait pas la carrière qu’il a eue en étant gentil avec tout le monde, c’est impossible".

Jacques Chirac était évidement gentil et très sympathique avec la plupart de ses concitoyens mais il ne l’était pas toujours vis-à-vis des politiciens.

Jacques Chirac s’est également illustré en ayant des comportements contradictoires, comme par exemple dans le cadre de son rapport avec l’Europe.

En 1979 il critique ouvertement et très sévèrement le projet européen, alors qu’en 2005, lors de la campagne du référendum sur la Constitution européenne, il encense carrément l’Union européenne.

En 1995, il ordonne des essais nucléaires dans l’attolle de Moruroa en Polynésie française, alors qu’en 2002, Jacques Chirac fait un discours remarqué sur l’écologie et sur l’urgence de prendre des mesures pour sauver la planète.

Si on regarde l’excellent film « Dans la Peau de Jacques Chirac », on se rend compte que c’est également grâce à ses défauts et grâce à ses contradictions, que l’ancien Président était aussi sympathique et en cela, il était très humain.

Il avait beaucoup de formules et mes préférées, que j’utilise régulièrement sont les suivantes :

  • « C’est loin mais c’est beau », à utiliser quand on arrive enfin dans un lieu perdu loin de tout, après avoir fait un long voyage;
  • "Les sondages, ça va ça vient, c'est comme la queue d'un chien";
  • « Ça fait pschittt » en l’accompagnant du geste adéquat, c’est clairement ma citation préférée, pour dire que quelque chose, en l'occurrence une affaire, s'est dégonflée;
  • "C'est abracadabrantesque", attention à ne pas bafouiller en le prononçant.

Il y avait aussi ses marionnettes très réussies; d’abord Black Jack du Bébète Show, l’ancêtre des Guignols de l’information (pour les plus jeunes) qui disait tout le temps « crotte » et « crac-crac » en tous cas d’après mes souvenirs.

Il y avait ensuite sa marionnette très drôle et sympathique des Guignols de l’Information, qui a probablement eu un certain rôle, pour ne pas dire un rôle certain, dans son élection de 1995.

Il y aurait encore tant à dire à propos de Jacques Chirac et ce n’est pas un hasard si de nombreux livres ont été écrits sur lui, déjà avant son décès, mon préféré étant celui de Jean-François Probst « Chirac : mon ami de trente ans », qui est rempli d’anecdotes drôles et moins drôles.

J’aurais pu encore rajouter sur ma liste le « discours du "Vel' d’hiv » en juillet 1995 ou la fin de son mandat en mai 2007 et beaucoup d’autres évènement marquants, qui sont restés gravés dans ma mémoire.

J’aurais beaucoup aimé rencontrer, celui qui nous a, d’une certaine manière, accompagnés pendant plusieurs décennies et je tenais absolument à lui rendre cet hommage.

Adieu Monsieur le Président!

 

 

Andreas Dekany

 

 

 

 

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Commentaires

  • Chirac à contribué à la destruction de la Nation française en abolissant le service national.

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