10/04/2012

Le Président de la Hongrie a démissionné suite à une affaire de plagiat!

Il convient de souligner que, pour une fois, ce n'est pas le Premier Ministre Viktor Orbàn qui fait la une de la presse internationale.

Cette fois, c'est le Président de la Hongrie, Pàl Schmitt, qui a fait parler de lui, ou plutôt l'ex-Président de la Hongrie, car il a démissionné avec effet immédiat la semaine dernière.

Pourquoi a-t-il démissionné ?

Il s'est avéré que Pàl Schmitt a plagié des travaux écrits par d'autres, dans le cadre de sa thèse de doctorat, traitant des jeux olympiques modernes, datant de 1992. Il a notamment copié des dizaines de pages du livre d'un auteur bulgare, aujourd'hui décédé.

Il y a quelques jours, l'Université qui avait attribué le titre de Docteur à l'époque à Pàl Schmitt, a décidé de le lui retirer.

Suite à cette décision, la situation était devenue intenable pour Pàl Schmitt et, ayant perdu toute crédibilité, il a pris la décision correcte pour le bien du pays, il a démissionné avec effet immédiat.

Le mandat de Président de la Hongrie est certes honorifique et représentatif, il n'a certes pas beaucoup de pouvoirs mais la personne qui occupe cette position doit évidemment être irréprochable sur tous les points, ce qui n'était bien entendu plus le cas de Pàl Schmitt depuis que son titre de Docteur lui a été retiré pour cause de plagiat.

Il faut rappeler que Pàl Schmitt a été mis en place par le Premier Ministre Viktor Orbàn et ce il y a moins de deux ans.

Le Président, même s'il a peu de pouvoirs, a quand même un droit de véto et il peut refuser de signer des lois votées par le Parlement, s'il estime qu'elles ne sont pas conformes à la Constitution.

De telles lois, il y a en a quand même eu quelques unes qui ont été votées par la Parlement, depuis que Viktor Orbàn est revenu au pouvoir au printemps de l'année 2010.

Pàl Schmitt a toujours signé toutes les lois qui lui étaient soumises, sans jamais mettre en doute leur constitutionnalité.

A présent que Pàl Schmitt a démissionné, Viktor Orbàn essaiera très probablement de mettre en place un Président qui lui est proche et qui signera également toutes les lois votées par sa majorité.

Comme le parti de Viktor Orbàn, le FIDESZ, dispose des deux tiers des mandats au Parlement et comme c'est ce dernier qui élit le Président, Viktor Orbàn pourra nommer la personne qu'il souhaite.

Des noms de candidats potentiels circulent, il semble que l'élu sera Jànos Àder, député européen, membre fondateur du FIDESZ et bien entendu proche de Viktor Orbàn.

Il y a toutefois des rumeurs qui courent, selon lesquelles le nouveau Président de la Hongrie serait éventuellement un certain...Viktor Orbàn...

Ce dernier pourrait en effet décider de se faire élire et de faire modifier en même temps la Constitution par sa majorité parlementaire, de manière à transformer le système hongrois en un système présidentiel, comparable au système français.

Vu que Viktor Orbàn dispose des deux tiers des mandants au Parlement, il peut faire modifier la Constitution en quelques heures, si tel est son souhait.

Le fait que ces rumeurs deviennent réalité n'est donc pas inimaginable.

Le suspens durera jusqu'au 16 avril, jour de l'annonce des candidatures officielles.

 

 

Andreas Dekany

 

12:03 Publié dans Politique hongroise | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

26/03/2012

Hongrie: Le message du Premier Ministre à l’attention de l’Union européenne lors de son discours du 15 mars

Je suis revenu il y a quelques jours de Budapest, où j'ai pu assister aux festivités liées à la révolution hongroise de 1848, qui ont lieu le 15 mars de chaque année.

Cette révolution, au sein du royaume de Hongrie, avait progressé dans les années 1848-1849 en une guerre d'indépendance contre la domination des Habsbourg.

A l'occasion de ces festivités, le désormais très célèbre Premier Ministre Viktor Orbàn a fait un discours très remarqué sur le Kossuth tér (Place Kossuth), juste devant le Parlement, auquel ont assisté plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Quel était le message que voulait faire passer Viktor Orbàn lors de ce discours?

Le message principal était manifestement étroitement lié aux procédures intentées par la Commission européenne contre la Hongrie, notamment à cause de certaines lois qui ne seraient pas conformes au droit communautaire, et à cause de son déficit budgétaire.

La Hongrie risque d'ailleurs de ne pas recevoir une partie des aides financières de l'Union européenne, à cause de ce déficit budgétaire.

Viktor Orbàn a répété plusieurs fois pendant ce discours que la Hongrie ne serait pas une colonie, ceci est bien entendu une référence directe à la guerre d'indépendance des années 1848-1849 menée contre les Habsbourg

Viktor Orbàn est allé jusqu'à faire un parallèle entre la guerre d'indépendance des années 1848-1849 et la situation actuelle de la Hongrie dans l'Union européenne.

Toujours dans son discours du 15 mars 2012, Viktor Orbàn a par ailleurs exigé de l'Union européenne que la Hongrie soit traitée de la même manière que les autres Etats membres. Il faisait référence aux sanctions financières qui sont sur le point d'être prises contre la Hongrie à cause de son déficit budgétaire, alors même que ces mesures ne seraient semble-t-il pas prises contre d'autres pays qui présentent un déficit budgétaire comparable.

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le mentionner dans mes derniers articles consacrés à la politique hongroise, la Hongrie a besoin d'un prêt du FMI et de l'Union européenne pour pouvoir assurer son financement, qu'elle ne pourra vraisemblablement pas assurer en se finançant uniquement du marché, en tous cas pas à long terme.

Pour pouvoir obtenir ce prêt, la Hongrie doit bien entendu obtenir l'accord de l'Union européenne.

Il est presque certain qu'après le discours du 15 mars 2012 l'Union européenne ne donnera pas facilement son accord, ce qui est normal et ce  qui est compréhensible, d'autant plus que la situation de l'économie hongroise laisse à désirer.

C'est un peu comme si vous provoquiez votre banquier avant de lui demander qu'il vous accorde un prêt, alors que vous ne remplissez pas vraiment les conditions pour l'obtenir.

Comme l'Union européenne et les médias internationaux ont pu le constater ces derniers temps, Viktor Orbàn tient souvent un double discours.

D'une part, il tient un discours la plupart du temps assez conciliant, en tous cas ces derniers temps envers l'Union européenne, à Bruxelles.

D'autre part, envers ses compatriotes, il tient un discours qui est la plupart du temps anti-européen, faisant souvent référence à la guerre d'indépendance des années 1848-1849.

Le discours du 15 mars 2012 illustre très bien ce phénomène.

L'Union européenne n'est pas dupe et elle s'est bien entendu rendu compte de ce double discours.

J'ai vraiment été impressionné par le nombre de personnes qui se sont réunies pour écouter le discours de Viktor Orbàn le 15 mars.

Ce dernier est certes un très bon orateur et un leader charismatique.

Ceci n'explique toutefois pas tout.

Alors même que la situation économique du pays est de plus en plus inquiétante, alors même que la politique économique de Viktor Orbàn n'a pas été une réussite, il arrive encore à réunir des dizaines de milliers de personnes pour l'acclamer.

C'est quand même une belle performance.

La population s'appauvrit de plus en plus et beaucoup de hongrois décident d'ailleurs de quitter le pays.

La population est écrasée par les charges, notamment par celles liées au chauffage, qui plombent le budget de la plupart des ménages, une grande partie de leurs revenus y passe d'ailleurs.

Les prix des biens de consommation courante augmentent sans cesse.

Le taux de la TVA est passée de 25% à 27% au début de cette année, ce qui constitue probablement un record du monde en la matière.

Le prix de l'essence a par ailleurs atteint des records ces derniers temps, le litre d'essence n'est désormais plus très éloigné de la barre des 500 forints (plus de deux francs suisses) et la crise mondiale n'explique pas à elle seule ce phénomène.

L'augmentation du prix de l'essence entraîne bien entendu une augmentation des prix des biens de consommation, notamment de ceux qui doivent être transportés par la route.

Il est intéressant de noter que lorsque Viktor Orbàn était dans l'opposition, son parti, le FIDESZ, n'a pas arrêté d'attaquer et de critiquer le travail du gouvernement de l'ancien Premier Ministre socialiste Ferenc Gyurcsàny, alors même qu'à l'époque, la situation économique de la Hongrie était bien meilleure que de nos jours, même lors de la crise de 2008, qui a touché de plein fouet la Hongrie.

Les attaques contre le gouvernement de Ferenc Gyurcsàny ont en particulier été très vives lorsque le prix de l'essence avait passé la barre des...300 forints. Alors même qu'actuellement, le prix de l'essence n'est plus très éloigné de la barre des 500 forints.

Maintenant que Viktor Orbàn est au pouvoir, le prix de l'essence ne semble plus avoir autant d'importance pour juger de la qualité du travail du gouvernement...

Malgré la situation économique très inquiétante du pays et malgré le fait que les citoyens commencent à ressentir directement les effets de la médiocre politique économique du gouvernement, Viktor Orbàn et son parti le FIDESZ vont probablement remporter les prochaines élections parlementaires de 2014.

D'une part parce que l'opposition hongroise est presque inexistante. Le Parti socialiste est en pleine reconstruction et il ne peut pas encore rivaliser avec le FIDESZ de Viktor Orbàn.

D'autre part parce que le style de Viktor Orbàn plaît (encore) à beaucoup de hongrois, qui sont séduits par ces références récurrentes aux guerres d'indépendance menées par la Hongrie, qui refuse d'être une colonie.

Je ne parlerai pas ici de la loi électorale hongroise modifiée par la majorité de Viktor Orbàn et qui est très favorable à son parti.

Ce que Viktor Orbàn omet toutefois de mentionner dans ses discours anti-européens, c'est que la Hongrie a accepté de faire partie de l'Union européenne, le peuple a même eu l'occasion de voter à ce sujet et l'adhésion a été acceptée à une très large majorité.

Viktor Orbàn omet également de mentionner que la Hongrie a reçu beaucoup de fonds de l'Union européenne ces dernières années, beaucoup plus que les fonds qu'elle a dû verser dans les caisses communautaires.

Mais comme on le dit si souvent, toute vérité n'est pas bonne à dire...

 

 

Andreas Dekany

 

19:40 Publié dans Politique hongroise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

22/01/2012

Hongrie: L’Union européenne met la pression

Comme j'ai eu l'occasion de l'évoquer, lors du Journal de 8 heures de la Radio suisse romande La Première en date du 13 janvier 2012, je suis inquiet en raison de l'actualité en Hongrie, d'une part à cause de la situation économique très inquiétante du pays, d'autre part à cause de certaines mesures prises par le gouvernement du Premier ministre Viktor Orbàn, que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer dans mon précédent article  (http://leblogdandreasdekany.blog.tdg.ch/archive/2012/01/0...).

Au début de cette année, l'Union européenne a mis la pression sur la Hongrie, elle lui a demandé de modifier certaines lois controversées, qui ne respectent pas le droit de l'Union européenne, d'après la Commission européenne.

Il s'agit notamment de la Loi sur la banque centrale qui mettrait en danger l'indépendance de la Banque centrale hongroise (MNB).

Un débat relatif à la situation actuelle en Hongrie était à l'ordre du jour du Parlement européen en date du mercredi 18 janvier 2012. Viktor Orbàn a demandé la permission de pouvoir s'exprimer à cette occasion, ce qui lui a été accordé.

C'est en particulier de la nouvelle Constitution hongroise qu'il était question lors de ce débat.

Je dois dire qu'en apprenant cette nouvelle, j'avais d'une part quelques craintes d'assister à un affrontement verbal violent entre Viktor Orbàn et les eurodéputés, notamment le vert Daniel Cohn Bendit, qui est probablement celui qui est le plus critique vis-à-vis du Premier ministre hongrois.

Un tel affrontement n'aurait bien entendu pas servi les intérêts de la Hongrie qui a déjà assez fait parler d'elle en mal ces derniers temps.

J'ai d'autre part pensé que, Viktor Orbàn qui a décidé d'aller affronter les critiques émises à l'encontre de sa politique, a agi comme un homme d'Etat devait le faire.

Mes premières craintes se sont heureusement révélées infondées. Viktor Orbàn a en effet fait un discours assez conciliant, il a déclaré qu'il allait collaborer avec l'Union européenne et que les lois controversées, notamment celle relative à la banque centrale hongroise, seraient modifiées.

Viktor Orbàn a même déclaré qu'il serait prêt à modifier certaines lois, qui ne sont manifestement pas contraires au droit européen, si tel était le souhait de Bruxelles.

Ce comportement conciliant de Viktor Orbàn est assez surprenant, ce qui n'aura pas échappé à ceux qui suivent sa carrière politique depuis longtemps.

Il n'a toutefois pas d'autre choix que d'obéir à l'Union européenne. En effet, la situation économique de la Hongrie étant très difficile, elle a besoin d'un prêt du FMI, qui peut être uniquement octroyé, si l'Union européenne donne son accord. Cette dernière acceptera de donner cet accord seulement si la Hongrie modifie certaines de ses lois controversées.

Dans le cadre de cette affaire, le respect de la souveraineté des Etats membres de l'Union européenne a évidemment été évoqué.

La question est la suivante : l'Union européenne peut-elle à ce point se mêler de la politique interne d'un Etat membre ?

Comme je l'ai déclaré l'autre jour à la radio, mon avis sur la question est le suivant :

En 2004, la Hongrie a décidé de faire partie d'un club, ce club s'appelle l'Union européenne.

La Hongrie a déposé sa demande d'adhésion, qui a été acceptée. Le peuple hongrois a même eu l'occasion de se prononcer à propos de l'adhésion, qu'il a acceptée.

La Hongrie a donc accepté de jouir des droits offerts par le statut de membre de l'Union européenne, notamment de la libre circulation des personnes, des services, des capitaux et des marchandises.

La Hongrie reçoit également des aides financières européennes qui ne sont pas négligeables.

La Hongrie a également accepté de respecter les obligations des membres de l'Union européenne, notamment celles de respecter la démocratie et le droit européen.

Comme je l'ai également déclaré, la Commission européenne, « gardienne des traités », doit intervenir si un Etat membre viole le droit européen.

La Commission européenne est intervenue auprès de la Hongrie pour qu'elle modifie certaines de ses lois, il n'y a aucun problème avec ça, si lesdites lois sont effectivement contraires au droit européen.

Il faut toutefois que les critiques qui sont faites à la Hongrie aient un fondement et qu'elles soient justifiées.

Lors du débat devant le Parlement européen, certains des eurodéputés qui ont critiqué la nouvelle Constitution hongroise ne savaient pas vraiment de quoi ils parlaient, ils ne l'avaient manifestement même pas lue et ils ne faisaient que de répéter des éléments qu'on leur avait rapportés.

Cette attitude n'est pas satisfaisante; si certains eurodéputés veulent critiquer la Constitution et les lois adoptées par le Parlement hongrois, ils doivent être concrets et précis et dire en quoi la nouvelle Constitution est contraire au droit européen, le fait d'énoncer des généralités, comme l'ont fait certains eurodéputés n'est pas suffisant.

La Commission européenne a, elle, été beaucoup plus concrète dans ses critiques, qui constituent ainsi des bases de travail claires pour le gouvernement et le Parlement hongrois.

La Commission européenne n'est pas la seule à demander à la Hongrie de modifier sa législation interne.

Il faut savoir que les bruits courent, selon lesquelles le FMI va probablement également demander à la Hongrie la modification de certaines lois, notamment celle qui prévoit que le taux unique de 16% dans le cadre de l'imposition sur les revenus des personnes physiques ne peut être modifié que par une majorité de deux tiers des députés du Parlement hongrois.

Le FMI craint qu'en cas de crise économique, l'augmentation du taux d'imposition soit trop difficile à réaliser pour un futur gouvernement, qui ne disposerait pas d'une majorité des deux tiers des mandats au Parlement, comme Viktor Orbàn.

En d'autres termes, le FMI souhaite éviter que les prochains gouvernements aient les mains liées, cette position est à mon sens tout à fait justifiée.

La Hongrie devra bien entendu également s'exécuter dans ce cas, si elle veut obtenir le fameux prêt du FMI, elle n'aura pas d'autre choix.

L'attitude conciliante dont a fait preuve Viktor Orbàn est à mon sens positive et elle peut faire espérer que l'avenir sera meilleur et que la Hongrie ne fera plus la une de la presse internationale à cause des mesures controversées prises par son gouvernement.

 

 

Andreas Dekany

 

19:55 Publié dans Politique hongroise | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

09/01/2012

Hongrie : Nouvelle Constitution, manifestations et incertitudes

Je reviens de Budapest, où on a pu assister en date du 2 janvier 2012 à une grande manifestation contre la nouvelle Constitution, entrée en vigueur en date du 1er janvier 2012.

Alors que les partisans et alliés du Premier Ministre Viktor Orbàn fêtaient l'entrée en vigueur de la nouvelle Constitution à l'Opéra de Budapest, des dizaines de milliers de personnes manifestaient à quelques centaines de mètres.

Les images de cette manifestation ont fait le tour du monde.

Il s'agissait-là de la plus grande manifestation, réunissant tous les partis de l'opposition, sauf le parti d'extrême droite, le Jobbik, ainsi que des dizaines d'associations issues de la société civile. Le parti socialiste hongrois (MSZP), le parti écologiste (LMP) ainsi que le nouveau parti de l'ex-Premier ministre socialiste, Ferenc Gyurcsàny, Demokratikus Koaliciò (DK), ont décidé de ne pas politiser à outrance cette manifestation, pour cette raison, aucun représentant de ces partis n'a fait de discours.

Le but de cette manifestation était à l'origine de protester contre la nouvelle Constitution hongroise. Ladite Constitution a été rédigée très rapidement et elle a été adoptée par le Parlement en quelques semaines, quasiment sans concertations.

Le peuple hongrois n'a pas pu se prononcer à propos de la nouvelle Constitution, dans le cadre d'une votation populaire.

Il convient de préciser que la manifestation du 2 janvier 2012 ne se résumait pas à une simple protestation contre la nouvelle Constitution, les choses ne sont pas aussi simples. Il s'agissait-là d'une représentation du ras-le-bol d'une partie de plus en plus grande de la population hongroise qui en a assez de la politique menée par le Premier ministre Viktor Orbàn depuis son entrée en fonction au printemps 2010.

Après huit ans de gouvernement socialiste, le FIDESZ de Viktor Orbàn a obtenu plus des deux tiers des mandats au Parlement, lui donnant quasiment les pleins pouvoirs, cette majorité lui permet en effet de modifier la Constitution à lui tout seul.

La victoire écrasante de Viktor Orbàn est principalement due au fait que la population voulait « sanctionner » le gouvernement socialiste en place de 2002 à 2010 et elle n'est probablement pas due à la qualité exceptionnelle du programme électoral du FIDESZ, qui a déjà été au pouvoir entre 1998 et 2002.

Il faut aussi savoir que c'est déjà Viktor Orbàn qui occupait le poste de Premier Ministre à cette époque.

Viktor Orbàn était un politicien très prometteur dans sa jeunesse, avant la chute du mur.

On se souvient notamment d'un discours très remarqué prononcé en 1989, lors de l'enterrement du Premier ministre, Imre Nagy, exécuté suite à la révolution de 1956, à l'occasion duquel Viktor Orbàn a notamment réclamé le retrait des troupes soviétiques de la Hongrie.

Lors de sa victoire écrasante aux élections de 2010, beaucoup de hongrois croyaient en Viktor Orbàn, pensant à juste titre qu'il avait les compétences pour faire du bon travail.

Alors que le gouvernement de Viktor Orbàn aurait pu bien faire grâce à une majorité jamais vue au Parlement, alors qu'il aurait pu prendre de bonnes mesures pour le développement du pays, on a l'impression que le but principal du gouvernement de Viktor Orbàn a été d'étendre et d'assurer son propre pouvoir.

Immédiatement après son accession au pouvoir, Viktor Orbàn a en effet fait élire par le Parlement, un de ses fidèles, Pàl Schmitt, au poste de Président de la Hongrie qui aurait pu et dû, grâce à son droit de veto, renvoyer certaines lois anticonstitutionnelles au Parlement. Le Président n'a bien entendu jamais fait usage de son droit de veto.

Il faut aussi mentionner à ce stade la restriction des compétences de la Cour constitutionnelle par la majorité gouvernementale, après que celle-ci ait logiquement annulé une loi fiscale prévoyant une taxation rétroactive.

Suite à une modification de l'ancienne constitution, la Cour constitutionnelle n'avait quasiment plus le droit d'annuler une loi concernant de près ou de loin le budget, ce qui englobe les lois fiscales. Ainsi le majorité au pouvoir peut faire ce qu'elle veut en matière fiscale.

N'oublions pas la fameuse loi sur les médias, mettant en place une autorité des médias, dont les représentants sont issus du parti au pouvoir, le FIDESZ. Cette autorité a des pouvoirs extrêmement étendus.

Cette loi sur les médias a occupé la presse internationale lors de son adoption à la fin de l'année 2010 et elle a bien entendu fait couler beaucoup d'encre, à cause des problèmes évidents qu'elle pose en matière de liberté de la presse.

En ce qui concerne le pouvoir judiciaire, la nomination à la tête du Bureau national juridique de Tünde Hando, une proche de Viktor Orbàn, qui est également l'épouse du député européen Jozsef Szàjer, le principal auteur de la nouvelle Constitution, fait planer un grand doute sur l'indépendance du pouvoir judiciaire par rapport au gouvernement et par rapport au parti au pouvoir.

Enfin, n'oublions par la nouvelle loi électorale, modifiant les règles de l'élection du Parlement hongrois, manifestement favorable au FIDESZ de Viktor Orbàn, notamment en raison du découpage des circonscriptions et en raison de l'introduction de l'élection à un tour.

Il s'agit-là uniquement de quelques exemples des nombreuses mesures controversées prises par la majorité de Viktor Orbàn, qui peuvent être comparées à des gouttes d'eau qui font déborder le vase et dont la conséquence directe au niveau de la politique interne, est notamment la manifestation du 2 janvier 2012.

L'Union européenne n'est évidemment pas restée inactive, elle a fait part de ses très vives critiques à Viktor Orbàn, dernièrement par l'intermédiaire du Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, dans un courrier envoyé à la fin de l'année 2011.

La restriction des libertés et l'extension du pouvoir du parti gouvernemental ne sont pas les uniques reproches qui sont faits au gouvernement de Viktor Orbàn. Sa politique économique, qui s'est jusqu'à présent révélée inefficace, a été vivement critiquée par des spécialistes de tous bords, y compris par des économistes hongrois issus des rangs de Viktor Orbàn.

Par exemple, l'introduction d'un taux unique à 16%, dans le cadre de l'impôt sur les revenus des personnes physiques, a principalement profité aux plus aisés et elle n'a pas eu pour effet de relancer la consommation. La mesure susmentionnée a par contre eu pour effet de creuser un trou dans le budget.

Les taxations spéciales des multinationales et des banques introduites du jour au lendemain par le gouvernement, dont le but était de réduire rapidement le déficit de l'Etat ont quant à elles eu pour principal effet de décourager les investisseurs, notamment en raison de l'imprévisibilité du gouvernement en matière fiscale.

Alors qu'en été 2010, Viktor Orbàn a déclaré que la Hongrie n'avait pas besoin du FMI et d'un prêt pour se financer, on apprenait à la fin de l'année 2011 qu'il souhaitait finalement entamer des négociations avec le FMI concernant l'obtention d'un prêt. Cette volte-face, très humiliante pour Viktor Orbàn, qui prouve que sa politique économique a été inefficace, indique que la situation de la Hongrie est grave.

La note de sa dette souveraine a d'ailleurs été récemment dégradée par les trois agences de notation et la dette de l'Etat a atteint des records jamais vus depuis les années 1990.

Il faut savoir que la Hongrie ne peut pas obtenir de prêt du FMI, sans l'accord de l'Union européenne.

La dernière loi votée par la majorité de Viktor Orbàn qui a également fait couler beaucoup d'encre dans la presse internationale est l'adoption de la loi relative à la banque nationale hongroise (MNB), qui pose des problèmes quant à la sauvegarde de son indépendance à l'avenir.

Dans son courrier de la fin de l'année 2011, José Manuel Barroso a expressément demandé à Viktor Orbàn que le Parlement hongrois n'adopte pas la loi susmentionnée, en tous cas pas sous cette forme. La Parlement a finalement adopté ladite loi sans exécuter l'ensemble des modifications demandées par l'Union européenne et par la Banque centrale européenne, qui auraient en principe garanti le principe de l'indépendance de la banque nationale.

En l'état actuel des choses, il semble qu'aucun prêt du FMI ne sera octroyé si cette loi n'est pas retirée ou modifiée.

Tant qu'il n'y aura pas d'accord avec le FMI, le taux d'intérêt de la dette souveraine hongroise restera probablement élevée et la monnaie nationale, le forint, qui a atteint son taux le plus bas face à l'euro la semaine dernière, continuera de plonger.

Il va sans dire que les problèmes économiques du pays touchent directement les hongrois dans leur quotidien, les prix de biens de consommation courants augmentent à grande vitesse, sans que les salaires suivent, ce qui a pour conséquence logique une augmentation rapide et inquiétante du nombre de personnes qui ne peuvent plus subvenir à leurs besoins.

Il reste à espérer que Viktor Orbàn modifiera rapidement sa politique et notamment sa politique économique et qu'un accord avec le FMI sera vite trouvé.

Dans le cas contraire, on peut craindre que le pays fonce droit dans le mur avec toutes les conséquences humaines et économiques que cela implique.

 

 

Andreas Dekany

13:36 Publié dans Politique hongroise | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

07/12/2011

Crise de la dette: Le Premier ministre hongrois sera-t-il contraint de démissionner?

La Hongrie est un des pays européens qui a le plus souffert de la crise de 2008. Le FMI a dû mettre en place une procédure d'urgence, appliquée dans des situations exceptionnelles, lorsque la stabilité financière d'un pays est menacée. Le FMI, l'Union Européenne et la Banque Mondiale ont prêté plusieurs milliards de dollars à la Hongrie à cette occasion.

Suite à ces évènements, le très charismatique Premier ministre socialiste de l'époque, Ferenc Gyurcsàny, a été contraint de démissionner. Il a été remplacé par Gordon Bajnai, dont la gestion de la crise a été exemplaire et unanimement reconnue. Il a réussi à redresser la situation en à peine un an.

Depuis le mois de mai 2010, le poste de Premier ministre de la Hongrie est occupé par le très célèbre Viktor Orbàn, qui a attiré l'attention sur la Hongrie, juste avant qu'elle entame la Présidence tournante de l'Union européenne, en adoptant la très controversée Loi sur les médias.

Rappelons que le parti de Viktor Orbàn, le FIDESZ, dispose d'une majorité de plus de deux tiers des mandats au Parlement hongrois, ce qui lui donne le droit de modifier la Constitution à lui tout seul.

Suite au prêt de 2008 déjà mentionné, les représentants du FMI ont fait plusieurs voyages à Budapest, afin de savoir quelles mesures le gouvernement allait entreprendre pour faire face au déficit budgétaire.

Lors des rencontres entre le gouvernement socialiste, au pouvoir jusqu'en mai 2010, et le FMI, les pourparlers se sont toujours très bien déroulés. D'après le FMI, le gouvernement sortant avait toujours des réponses satisfaisantes et un programme économique crédible à présenter.

Toujours d'après le FMI, lors de sa première rencontre avec le gouvernement de Viktor Orbàn, ce dernier, qui n'avait pas vraiment de programme économique digne de ce nom à faire valoir, a décidé d'interrompre les pourparlers avec le FMI, en expliquant qu'il allait poursuivre des pourparlers uniquement avec l'Union Européenne, que le FMI n'avait pas à se mêler de la politique intérieure de la Hongrie et que cette dernière pouvait très bien se débrouiller sans l'aide du FMI.

Au mois de novembre 2011, on a appris que le gouvernement avait requis une aide financière de l'Union européenne et du FMI, ce qui constitue un virage à 180° de la part de Viktor Orbàn, par rapport à ses déclarations datant de l'année 2010.

C'est un signe qui ne trompe pas ; pour que Viktor Orbàn soit contraint de faire ce pas en arrière très humiliant pour lui, la situation est sans aucun doute hélas extrêmement sérieuse.

Quelques jours après cette annonce, l'agence de notation Moody's a dégradé la note de la Hongrie, estimant que la dette publique de cette dernière constituait un investissement spéculatif.

Les deux autres agences de notation attendent l'issue des négociations avec le FMI et avec l'Union européenne pour décider si elles vont à leur tour dégrader la note de la Hongrie.

Les observateurs estiment que le FMI ne fixera probablement pas beaucoup de conditions politiques à la Hongrie, l'Union européenne en revanche en fixera très certainement.

En 2008, l'Union européenne aurait déclaré au Premier ministre d'alors, Gyurcsàny Ferenc :

« Sie verschwinden Herr Ministerpräsident oder das Geld kommt nicht » ; c'est-à-dire : « Vous disparaissez Monsieur le Premier Ministre, sinon l'argent n'arrivera pas ».

C'est exactement ce qui risque d'arriver à Viktor Orbàn ces prochains mois.

Rappelons que Viktor Orbàn s'est mis à dos l'Union européenne avec sa Loi sur les médias, ses impôts spéciaux grevant notamment les banques, sa nouvelle Constitution et la liste n'est de loin pas exhaustive.

Il est clair, qu'actuellement, Viktor Orbàn ne pourrait pas être contraint à la démission de l'intérieur de son pays, l'opposition est trop faible en Hongrie et il a les pleins pouvoirs au sein de son parti, le FIDESZ.

Viktor Orbàn pourrait toutefois être contraint de démissionner par l'Union européenne qui pourrait faire dépendre de sa démission, l'octroi d'une aide financière qui apparaît comme étant de plus en plus nécessaire.

On n'en est pas encore là mais on n'en est peut-être pas très loin.

 

Andreas Dekany

 

14:13 Publié dans Politique hongroise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook