Viktor Orbán : Une décennie au pouvoir

En date du 29 mai 2010, Viktor Orbán devient le Premier ministre de la Hongrie.

Il revient au pouvoir après avoir déjà dirigé le pays pendant une législature, entre 1998 et 2002.

Après avoir passé huit longues années dans l’opposition, c’est par la grande porte que Viktor Orbán est revenu au pouvoir en 2010, en remportant 68% des sièges au Parlement.

Il n’a laissé que des miettes à ses adversaires et notamment au Parti socialiste, qui a dirigé le pays entre 2002 et 2010 et qui n’était plus que l’ombre de lui-même, pour les raisons que je vais évoquer ci-dessous.

Viktor Orbán a remporté les élections législatives de 2010, de 2014 et de 2018, avec à chaque fois au moins deux tiers des mandats au Parlement, une majorité qui lui a permis de modifier la Constitution, ce qu’il a d’ailleurs fait à plusieurs reprises.

Une nouvelle Constitution a d'ailleurs été adoptée en 2011.

Il y a exactement dix ans, Viktor Orbán est donc revenu au pouvoir.

Si on compte son premier mandat entre 1998 et 2002, il a été Premier ministre pendant 14 ans et il vient d’avoir 57 ans, il est encore jeune.

Apprécié par les uns, critiqué par les autres, Viktor Orbán ne laisse pas indifférent.

Même ses opposants admettent que Viktor Orbán a marqué son époque, aussi bien en Hongrie, ce qui est une évidence et également au sein de l’Union européenne.

Viktor Orbán ne mâche pas ses mots, il dit ouvertement ce qu’il a sur le cœur, ce qui a provoqué quelques conflits avec les dirigeants européens, notamment avec Jean-Claude Juncker, l’ancien Président de la Commission européenne.

Le but du présent texte n’est pas de faire le bilan de son action, ce serait beaucoup trop long et d’autres l’ont déjà fait et sont en train de le faire.

Je souhaite faire ici une brève analyse de la carrière politique de Viktor Orbán, pour souligner que rien n’est jamais perdu et qu’une politicienne ou un politicien peut revenir au pouvoir, malgré plusieurs défaites cinglantes.

La longue carrière politique de Viktor Orbán a commencé il y a plus de trente ans, avant la chute du mur de Berlin.

Après avoir terminé ses études de droit, il fonde avec quelques camarades d’Université, le FIDESZ (Alliance des jeunes démocrates) le 30 mars 1988, dans une Hongrie qui était encore gouvernée par le parti unique, qui était certes considérablement affaibli.

Presque personne ne prévoyait toutefois à cette époque que le régime communiste allait connaître une chute aussi rapide.

Les évènements se sont en effet accélérés de manière fulgurante, des élections libres ont été organisées au printemps de l’année 1990 et le FIDESZ de Viktor Orbán, qui est devenu un parti dans l'intervalle, est entré au Parlement, en obtenant 21 sièges qui étaient tous occupés par des jeunes femmes et des jeunes hommes, la moyenne d’âge du groupe parlementaire était en effet de 28 ans.

À 26 ans, Viktor Orbán est devenu député, il a siégé dans le premier Parlement hongrois librement élu après la chute du régime communiste, qui avait la lourde tâche de réformer le pays après plusieurs décennies de dictature du parti unique et de dépendance du grand frère soviétique.

En 1993, Viktor Orbán est devenu le leader du FIDESZ, après le départ de son principal concurrent.

Certains le voyaient déjà comme Premier ministre en 1994, tant le FIDESZ et son leader avaient le vent en poupe.

Les choses ne se sont toutefois pas passées comme les jeunes démocrates l’avaient espéré, ils ont en effet failli être éjectés du Parlement, ils ont à peine atteint le quorum lors des élections législatives de 1994.

Il s’agissait de la première défaite de Viktor Orbán, qui ne l’a toutefois nullement découragé.

Ce n’était en effet que partie remise et en 1998 Viktor Orbán est devenu Premier ministre à 35 ans, il a formé un gouvernement de coalition avec d’autres partis.

En 2002, malgré un bilan plutôt bon, le Premier ministre sortant perd de justesse les élections face au socialiste Péter Meggyesi.

En 2006, Viktor Orbán perd une nouvelle fois les élections face au socialiste Ferenc Gyurcsány, Premier ministre sortant, ce qui a condamné le FIDESZ à passer quatre années supplémentaires dans l’opposition.

Malgré deux défaites consécutives en 2002 et en 2006, Viktor Orbán a réussi à rester le leader du FIDESZ.

Après sa défaite de 2006 presque personne n’aurait évidemment parié que Viktor Orbán reviendrait un jour au pouvoir et encore moins qu’en mai 2020 il fêterait ses dix années consécutives comme Premier ministre, cela semblait inimaginable à l'époque, tant Viktor Orbán était affaibli par les défaites et tant le Parti socialiste de Ferenc Gyurcsány semblait fort.

L'ironie de l'Histoire, c'est que c'est précisément son grand ennemi le Premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsány, qui va contribuer à remettre Viktor Orbán en selle et ce de façon tout à fait involontaire.

Après sa victoire aux élections de 2006, le Premier ministre socialiste voulait recadrer son groupe parlementaire et il a fait un discours très sévère, comme l’aurait fait un entraîneur de football, qui veut mobiliser son équipe à la pause, pour qu’elle joue mieux en deuxième mi-temps.

Ferenc Gyurcsány a notamment déclaré lors de son discours enflammé de mai 2006, qu'il avait menti au peuple dans le but de rester au pouvoir.

Malheureusement pour lui, ce discours avait été enregistré et il a été livré aux médias au mois de septembre 2006, ce qui a provoqué des manifestations réclamant sa démission.

Quatorze ans après les faits, on ne sait toujours pas qui a fourni l’enregistrement du fameux discours aux médias, c’est un grand mystère qui demeure toujours entier.

Il y a des soupçons, selon lesquels les fuites seraient venues de l’intérieur du Parti socialiste, de membres qui souhaitaient faire chuter le Premier ministre, mais cela n’a jamais été confirmé.

Quoi qu’il en soit, le Premier ministre socialiste était en difficulté, c’est le moins que l’on puisse dire et la grave crise financière de 2007-2008 est venue compliquer une situation déjà extrêmement difficile.

En 2008, la Hongrie a été contrainte de demander l’aide du FMI et Ferenc Gyurcsány a dû démissionner en 2009, il a été remplacé par Gordon Bajnai, qui a formé un gouvernement composé d’experts, pour faire face à la crise financière, ce qu'il a d'ailleurs réussi à faire.

C’est dans ces conditions que Viktor Orbán est revenu au pouvoir, en obtenant plus de 68% des sièges au Parlement, lors des élections législatives de 2010.

Le Parti socialiste n’a obtenu que quelques miettes et la situation s’est même péjorée, entre autres après la création par l’ancien Premier ministre Ferenc Gyurcsány de son propre parti, le Demokratikus Koalicio (DK), qui a fini deuxième, loin derrière le FIDESZ, lors des élections européennes de 2019.

Après avoir fait un bref résumé du parcours politique de Viktor Orbán, je pense qu’on peut en retirer une leçon très importante.

Même si tout semble être perdu et elles semblaient l’être en 2006, après la deuxième défaite aux élections législatives, il ne faut jamais désespérer car la roue peut tourner et elle peut même tourner très rapidement.

Tout peut aller très vite, dans un sens comme dans l’autre et c’est exactement ce qui est arrivé dans le cas de Viktor Orbán, qui fête une décennie au pouvoir, alors même que peu de personnes auraient misé un kopeck sur lui après sa défaite cinglante lors des élections législatives de 2006.

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